KOK-LAT-VIL KISANGANI, 2013, RDCONGO

Résidence "Ecrire ses Mondes"
Solo-performance, voix-off : Derine Mokha.

Les statuettes anthropomorphes dont je sculpte aujourd’hui mes propres versions, était très populaires pendant la période coloniale. Produites par les populations Bangala, Bakongo etc. elles sont dites fétiches ou encore fétiches à clous et lamelles de fer. Dans la pensée Kongo, « Nkisi » réfère aussi à une puissance personnalisée du monde invisible qui peut être contrôlée au moyen de pratiques rituelles. Elle servait à garder la famille contre tout mal qui pourrait l’atteindre, et pour le jugement ou pour séparer un malentendu entre deux villageois ou deux familles. Avec l’intervention du Nganga (féticheur) magique -métaphysique qui effectue des rajouts, la statuette devient chargée et fonctionnelle, pour obtenir son pouvoir guérisseur et la vision du futur, ainsi que celui de jeter des mauvais sort. Il y a cent ans ces statuettes ont été ramenées en Occident a travers des voyages pour enrichir des collections. Aujourd’hui la plupart des Nkisi sont présentées dans les collections des musées internationaux en vitrines, de façon soignées sur des socles, ou scellées dans les caves, car présumées encore fonctionnelles. Le musée royal de l’Afrique central à Tervuren/Bruxelles, pour ne citer que lui, constitue la plus importante collection de ces statuettes. Elles sont toutes dépourvues des substances magiques qui ont été retirées afin que les objets soient cédés aux collecteurs coloniaux. Ce Musée est fermé en ce moment, pour des raisons de réhabilitation et de restauration, l’origine de ces travaux étant curieuse. Mon travail y fait référence aussi par la construction d’une pirogue, à Strasbourg que j’amène à Bruxelles, pour récupérer la collection de Nkisi, en passant par le port d’Anvers; point d’arrivé pendant l’époque coloniale; puis pour regagner Kinshasa en RD. Congo par la côte ouest de l’Atlantique, leurs point de départ. Les Nkisi m’interpelle sur la notion de l’Héritage colonial du patrimoine Congolais que détient aujourd’hui la Belgique.